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Du 10 au 12 juillet à Sofia  (Bulgarie)

Le séminaire d’été organisé par l’ESFAM et ses partenaires porte sur la démarche prospective qui suscite un vif regain d’intérêt ces dernières années, tant de la part des praticiens que de celle des chercheurs affiliés aux disciplines des sciences humaines et sociales.

Passée dans le langage commun, la prospective est définie dans le Petit Robert comme un « Ensemble de recherches concernant l’évolution future des sociétés et permettant de dégager des éléments de prévision ».

C’est au lendemain de la seconde guerre mondiale qu’est véritablement instituée la prospective, alors que le monde entre dans une ère d’incertitude sans précédent et que les méthodes classiques d’anticipation et d’aide à la décision montrent leurs limites. Le développement de la prospective emprunte toutefois en France et aux Etats-Unis, des voies fort différentes.

Aux Etats-Unis, le recours possible à l’arme nucléaire, qui modifie en profondeur la stratégie militaire, conduit à imaginer et inventorier les scénarios possibles et marque le point de départ des réflexions prospectives. Le gouvernement américain fait alors appel à la Rand Corporation qui met au point la méthode Delphi et celledes scénarios. Depuis, l’activité de prospective américaine s’est diversifiée en direction des entreprises, devenant même un marché prospère pour les sociétés de conseil. Quant aux gouvernements américains successifs, ils continuent à « prospecter » le futur comme en témoignent les rapports de la CIA (et de la NSA), largement traduits et diffusés.

En France, le succès de la prospective est essentiellement lié à l’élan réformateur d’après-guerre et à l’effort de planification devenue, selon la formule de de Gaulle « la grande affaire de la France ». Le développement de la prospective doit alors beaucoup à l’apport des ingénieurs-économistes mais aussi à l’inspiration de Gaston Berger. « Voir loin, voir large, analyser en profondeur, prendre des risques et penser à l’homme » (Berger, 1964), telle était en effet l’ambition de ce philosophe, également haut fonctionnaire, pour qui la prospective sert finalement moins à prévoir l’avenir qu’à se préparer au futur. C’est cette double inspiration à la fois des modèles de prévision économique et d’une vision humaniste de la prospective qui confère à la prospective « à la française » sa marque propre.  

Cette période prospère pour la prospective voit également s’affirmer une certaine professionnalisation de l’expertise prospective, appuyée par le développement d’outils et de méthodes spécifiques. Dans cette seconde moitié du XXème siècle, de nombreux économistes s’attèlent ainsi à modéliser les choix et les prises de décision et à établir des méthodes de prévision. De leur côté, les sciences de gestion et du management, en plein essor, s’efforcent d’intégrer cette conception dynamique du futur et s’intéressent particulièrement aux processus décisionnels concernant l’allocation des ressources disponibles d’une organisation dans le but d’atteindre des cibles de performances. Devenue ainsi une démarche essentielle d’aide à la décision, la prospective s’affiche comme une compétence centrale, à la fois des Etats et des directions générales d’entreprise.

Après cet âge d’or des années 1950-60 (Durance, 2007), l’engouement pour la prospective connaît une certaine éclipse. La chute du mur de Berlin, en 1989, qui marque la fin d’un ordre bipolaire, coïncide aussi avec une certaine relégation de la prospective. Ces événements surprennent, en même temps qu’ils révèlent les limites des modèles de décision tels qu’ils avaient été précédemment conçus et jettent un doute sur la fiabilité de la démarche prospective. Les grands défis contemporains qui s’ouvrent, qu’il s’agisse de la globalisation de l’économie, des dérèglements climatiques ou encore de la fragmentation de la société s’inscrivent dans des tendances de plus en plus difficiles à déchiffrer et à prévoir. Cette « modernité liquide », selon l’heureuse expression de Zygmunt Bauman, résiste et échappe en quelque sorte aux méthodes qui avaient fait le succès des prospectivistes des années d’après-guerre. La recherche délaisse aussi progressivement ce domaine, tout en soulignant à l’envi l’émergence d’un monde également volatile, incertain, complexe et ambigu.

La résurgence d’intérêt pour la prospective est relativement récente et elle se présente comme la conséquence directe des transformations à l’œuvre, parfois brutales, survenues ces dernières années. Il aura véritablement fallu la pandémie pour précipiter ces transformations, nous plonger dans un autre monde et nous faire prendre conscience des fragilités et des vulnérabilités de nos sociétés mais aussi de leur capacité de résilience insoupçonnée. Ainsi, dans la conjoncture pandémique, de nombreux phénomènes qui n’étaient encore que latents sont devenus visibles, ne serait-ce que le « grand bond en avant » numérique qui s’est produit pendant cette période. Il est également vite devenu manifeste qu’une fois l’urgence surmontée, le retour « à la normale » serait impossible. Non seulement la crise sanitaire a agi comme révélateur ou accélérateur de certaines tendances mais elle a aussi constitué un vaste laboratoire d’expérimentations de pratiques nouvelles.

En somme, l’apparition de ces cygnes noirs tels que la pandémie de Covid-19 ou encore le retour de conflits armés de haute intensité dont les dénouements aux conséquences colossales ne pourraient être prédits avec précision, mettent les Etats comme les entreprises face à la résurgence d’une incertitude élevée et durable. Dans un tel environnement, les processus décisionnels doivent être repensés en profondeur. Comme souvent en période rupture (Andersson, Prat, 2015, p.17), les interrogations surgies de circonstances inédites exacerbent le besoin de clairvoyance et suscitent un regain d’intérêt pour la réflexion prospective.

Il est patent qu’à la suite de cette crise, la prospective connaît aujourd’hui une nouvelle fortune : les récits d’avenir se multiplient, certaines administrations comme le ministère français des armées ont recours à des auteurs science-fiction pour élaborer des scénarios d’avenir (Red Team, 2022), de nouvelles utopies également se dessinent. Les gouvernements ou les autorités supranationales ne font pas exception comme en témoigne l’annonce faite en 2020 lorsque la pandémie de Covid-19 battait son plein, par la présidente de la Commission européenne, Ursula Van Der Layen, de mettre la prospective au cœur du processus décisionnel de la politique économique européenne. En 2021, le FMI publie également une note d’information prodiguant des conseils à destination des décideurs politiques encourageant le recours à la démarche prospective « How to Implement Strategic Foresight (and Why) ? ». Les Etats tentent ainsi d’organiser leur réflexion prospective pour mieux gérer leurs transitions (numériques, écologiques, sociologiques, etc.). Dans le même temps, de nouvelles méthodologies connaissent un certain succès, à l’instar du design thinking et de certaines démarches participatives (Bootz et Monti, 2008). Bref, le futur s’invite de nouveau sur l’agenda des gouvernements et des entreprises comme sur celui de la recherche : décideurs publics et privés, cabinets de conseil et chercheurs sont tous également sollicités sur la nécessité d’éclairer l’avenir et de penser le « monde d’après ». Dans un contexte de gestion des transitions, la capacité à penser le long terme devient, plus que jamais, une nécessité éthique autant que pragmatique (Durance, 2002 ; Jonas, 1998).

Force est de constater cependant que l’exercice de la prospective continue d’entretenir des rapports complexes avec la décision publique (Matheu,1998 ; Kustoz, 2020) et que les savoirs de gouvernement, s’ils ont beaucoup investi la question de la performance publique, ont quelque peu délaissé le sujet la prospective. Devenues la chasse gardée de quelques instituts spécialisés ou sociétés savantes, les méthodologies de prospective ne se sont finalement guère saisies des enjeux managériaux ou économiques. Il en résulte que très peu de travaux apportent des visions claires des défis et changements de demain en management et qu’il devient urgent de « réinventer la prospective ».

Tel est précisément l’objet de ce colloque qui ouvre à la discussion scientifique ce sujet de l’avenir de la prospective.

Le thème du séminaire d’été, « Retour vers le futur : réinventer la prospective », est donc plus que jamais d’actualité et soulève des pistes particulièrement intéressantes tant sur la place et la fonction de la prospective que sur les outils à mobiliser et le rapport de la prospective à l’action :

  • Quelle place et quelle fonction pour la prospective dans les organisations publiques et privées ? Quelles compétences requises pour développer « l’attitude prospective » ? Au-delà de la simple extrapolation de tendances, quelle place pour des démarches ouvertes, créatives et imaginatives ?
  • Quels outils de prospective mobiliser pour faire face à un environnement durablement incertain ? Les outils sont nombreux, du tableau de bord prospectif en passant par les outils digitaux plus récents, ou le recours aux méthodes des scenarii et des experts. Quelle pertinence pour ces instruments de prospective ? En particulier, quels apports potentiels de l’intelligence artificielle et des jumeaux numériques à la prospective ?
  • Quels usages et quelles applications de la prospective dans les organisations publiques et privées ? Quels liens entre prospective et action ?
  • Quel avenir pour la prospective ? La prospective est-elle une affaire d’experts ou est-elle l’affaire de tous ? Quel potentiel pour les démarches participatives et partagées ? Dans quelle mesure les démarches prospectives collaboratives peuvent-elles par exemple nourrir l’action collective et permettre aux citoyens de prendre davantage part débats puis aux décisions qui concernent les choix et les orientations de société ?

Ce colloque vise à discuter ces questions qui n’ont cependant qu’une valeur indicative et qui trouveront à s’enrichir des contributions des participants.

Les contributions empiriques comme théoriques sont les bienvenues. Dans le prolongement des précédents séminaires d’été, sera privilégiée une perspective interdisciplinaire, entre sciences de gestion, sciences économiques, sciences du numérique, sciences politiques et juridiques, ou encore sciences politiques, sciences du langage et sciences de l’éducation… permettant de croiser les regards et de multiplier les approches sur le futur des organisations publiques et privées comme de la société.

Les communications doivent porter sur un résumé de 2 pages maximum avec un CV et doivent être soumises par email à contact@esfam.auf.org  

avant le mercredi 29 mai 2024 minuit (heure de Sofia)

Modalités​ :

La participation est gratuite sur sélection suite à l’appel à communication. Les jeunes chercheurs d’Europe centrale et orientale sont pris en charge complétement (voyage et séjours).

Date et lieu :

du 10 au 12 juillet 2024

Le(s) lieu(x) du déroulement du séminaire seront précisé(s) ultérieurement

Programme :

en cours de constitution

 

Liste des participants :